| Livestock Research for Rural Development 38 (1) 2026 | LRRD Search | LRRD Misssion | Guide for preparation of papers | LRRD Newsletter | Citation of this paper |
En zone tropicale où le raphia (Raphia farinifera) existe et est exploité, sa sève est naturellement consommée par les abeilles. Diverses études montrent que le rendement et la qualité du miel sont non seulement liés à ce que les abeilles consomment dans l’environnement, mais aussi à la saison. C’est dans cette logique qu’une étude a été conduite entre Août 2023 et Mai 2024 à la Ferme Apicole de l’Espoir Batseng’la (FAEB) et à l’Unité de Recherche en Production et Nutrition Animales (URPRONAN) de l’Université de Dschang, dans le but d’évaluer les effets de l’alimentation à la sève de raphia sur le rendement et les caractéristiques physico-chimiques et minérales du miel. Ainsi, dix colonies abeilles, réparties en deux groupes de cinq répétitions chacun ont été utilisées. Les colonies du premier groupe (T0) ne recevaient aucune alimentation tandis que ceux du second groupe ont reçu quotidiennement dans un nourrisseur incorporé dans chaque ruche 200 ml de la sève de raphia pendant toute la durée de l’étude. La sève de raphia (Raphia farinifera), récoltée dans la même zone de raphia a été analysé pour déterminer sa composition chimique et minérale. Les récoltes de miel ont été effectuées à la mi-décembre pour la saison des pluies et à la mi-mai pour la saison sèche, en vue de l’évaluation des rendements. Par la suite, un total de 10 échantillons de miel, soit 5 par traitement, ont été prélevés à chaque saison pour l’analyse des caractéristiques physico-chimiques et minérales. Les principaux résultats de cette étude ont montré que la consommation de la sève de raphia était plus élevée en saison pluvieuse. Le rendement en miel a augmenté de l’ordre de 42 % en saison de pluvieuse et de 56 % en saison sèche avec l’alimentation à la sève de raphia. Le miel des colonies alimenté à la sève de raphia a présenté un pH de 3,27±0,07 et 3,80±0,40, une viscosité de 2689,23±49 et 2139,23±31,38 mPa.s, une densité de 1,38±0,01et 1,34±0,02 et une teneur en eau de 15,78±0,01 et 17,25±0,13 respectivement en saison sèche et pluvieuse. La teneur en MS de 78,3±0,50 et 62,35±0,55%, en glucose de 25,56±0,33 et 22,40±0,44% et en fructose de 31,58±0,28 et 28,42±0,40% du miel alimenté à la sève de raphia a été inférieure aux valeurs témoin tout en restant dans la fourchette recommandée par le Codex Alimentarius (2001). La teneur en carbone organique de 49,80±0,00 et 49,81±0,01%, en protéine de 1,46±0,01 et 1,36±0,01%, en fibre de 0,12±0,01 et 0,13±0,01 respectivement en saison sèche et pluvieuse a été meilleure par rapport au témoin. Les teneurs en Mg, K, P, Mn, Zn, Ca, et Fe ont significativement augmentée avec l’alimentation à la sève de raphia quel que soit la saison. Globalement, le rendement et la qualité physico-chimique et minérale du miel des colonies alimentées à la sève de raphia a été meilleur en saison sèche.
Mots-clés : apiculture, miel, sève de raphia, consommation alimentaire, rendement, caractéristiques physico-chimiques, caractéristiques minérales
In tropical areas where raffia (Raphia farinifera) grows and is harvested, its sap is naturally consumed by bees. Various studies show that honey yield and quality are linked not only to what bees consume in their environment, but also to the season. With this in mind, a study was conducted between August 2023 and May 2024 at the Ferme Apicole de l'Espoir Batseng'la (FAEB) and the Animal Production and Nutrition Research Unit (URPRONAN) at the University of Dschang, with the aim of evaluating the effects of feeding raffia sap on the yield and physico-chemical and mineral characteristics of honey. Ten bee colonies, divided into two groups of five replicates each, were used. The colonies in the first group (T0) received no feed, while those in the second group received 200 ml of raffia sap daily in a feeder incorporated into each hive throughout the study period. Raffia sap (Raphia farinifera), harvested from the same raffia area, was analysed to determine its chemical and mineral composition. Honey harvests were carried out in mid-December for the rainy season and in mid-May for the dry season, with a view to evaluating yields. Subsequently, a total of 10 honey samples, i.e., 5 per treatment, were taken each season for analysis of their physicochemical and mineral characteristics. The main results of this study showed that raffia sap consumption was higher during the rainy season. Honey yield increased by 42% during the rainy season and 56% during the dry season when the bees were fed raffia sap. The honey from colonies fed raffia sap had a pH of 3.27±0.07 and 3.80±0.40, a viscosity of 2689.23±49 and 2139.23±31.38 mPa.s, a density of 1.38±0.01 and 1.34±0.02 and a water content of 15.78±0.01 and 17.25±0.13 respectively in the dry and rainy seasons. The DM content was 78.3±0.50 and 62.35±0.55%, glucose content of 25.56±0.33 and 22.40±0.44% and fructose content of 31.58±0.28 and 28.42±0.40% of honey fed with raffia sap was lower than the control values while remaining within the range recommended by the Codex Alimentarius (2001). The organic carbon content of 49.80±0.00 and 49.81±0.01%, protein content of 1.46±0.01 and 1.36±0.01%, fibre content of 0.12±0.01 and 0.13±0.01% in the dry and rainy seasons, respectively, was better than the control. The Mg, K, P, Mn, Zn, Ca, and Fe contents increased significantly with raffia sap feeding regardless of the season. Overall, the yield and the physicochemical and mineral quality of honey from colonies fed raffia sap was better in the dry season.
Keywords: beekeping, honey, food consumption, mineral characteristics, physicochemical characteristics, raffia sap, yield
L’apiculture est pratiquée dans les dix régions du Cameroun, tirant avantage de la diversité des zones agroécologiques et de la richesse florale en plantes mellifères. Elle constitue une activité génératrice de revenus à faible coût, avec des retombées socio-économiques et environnementales notables (Njukang et al 2021). Le pays comptait environ 12 000 apiculteurs en 2000, avec près de 63 000 ruches et une production moyenne de 15 litres de miel par ruche et par an (Ingram 2010). En 2023, un apiculteur gérait en moyenne 36 ruches pour un rendement annuel de 14,6 litres par ruche, générant un revenu d’environ 583 000 FCFA (~1 166 USD) (Ngah Osoe Bouli et al 2023). La production nationale de miel est passée de 5 276 tonnes en 2018 à 7 813 tonnes en 2022, soit une augmentation de 67,5 % en cinq ans, correspondant à une croissance annuelle moyenne de 13,5 %. Toutefois, en 2024, elle a chuté à 4 672 tonnes en raison de l’insécurité dans certaines zones clés de production, notamment le Nord-Ouest et le Sud-Ouest (Business in Cameroon 2024). Le secteur est structuré autour de coopératives, à l’instar de celle du miel d’Oku, bénéficiant d’une Indication Géographique Protégée (IGP), et commercialisé à prix élevé localement et à l’international (Ingram et al 2020). Le potentiel à l’export reste élevé, avec des volumes estimés entre 80 000 et 200 000 litres vers les pays voisins avant la mise en place de régulations (Ingram 2014). Dans un contexte africain où la production de miel a atteint 223 000 tonnes en 2023, enregistrant la plus forte croissance mondiale (FAO, 2025), le Cameroun dispose d’un fort potentiel pour développer des marchés de niche (bio, commerce équitable, miels forestiers). Cependant, il devra faire face à un certain nombre de contraintes environnementales et climatiques, susceptibles d’influencer la nutrition et la productivité des colonies.
Une nutrition adéquate est essentielle à la croissance, au développement et à la productivité des colonies d’abeilles mellifères (Apis mellifera) (Rashid et al 2018). Le miel, principal produit de la ruche, est une substance sucrée naturelle, riche en glucides simples (fructose, glucose), acides aminés, minéraux, vitamines et composés bioactifs tels que les phénols, flavonoïdes et caroténoïdes (Küçük et al 2007 ; Nayik et al 2018 ; Moumeh et al 2020). Ces composés lui confèrent des propriétés antioxydantes et thérapeutiques, bénéfiques contre divers troubles de santé (Singh et Singh 2018 ; Nayik et Nanda 2016). Toutefois, la composition physico-chimique du miel varie selon l’origine florale, les saisons, les pratiques apicoles, le sol et les techniques de récolte (Nayik et al 2018). En Afrique centrale, la fluctuation des ressources florales, liée aux variations climatiques, limite la disponibilité naturelle de nourriture pour les abeilles (Alaux et al 2010), d’où l’intérêt croissant pour des aliments alternatifs. La sève de raphia (Raphia farinifera), largement accessible au Cameroun, est traditionnellement utilisée en alimentation humaine et se distingue par sa richesse en sucres, minéraux, vitamines et composés phénoliques (Kwaku et al 2019). A l’Ouest Cameroun, la sève de raphia est quotidiennement récoltée pour la consommation humaine et on y trouve les abeilles qui la consomment naturellement dans les différents lieux de cueillette. Quel pourrait donc être l’impact de la consommation de cette sève sur la production apicole ? La présente étude vise donc à évaluer les effets de l’alimentation à base de la sève de raphia sur la consommation alimentaire, le rendement et la qualité physico-chimique et minérale du miel en fonction de la saison.
L’étude a été conduite d’août 2023 à mai 2024 à la Ferme Apicole de l’Espoir Batseng’la (FAEB), située dans l’Arrondissement de Nkong-Ni, région de l’Ouest Cameroun. Située entre 5°24' et 5°27' de latitude Nord et entre 10°05' et 10°08' de longitude Est, la FAEB bénéficie d’un climat équatorial de type camerounais modifié par l’altitude. La région, à forte vocation agro-pastorale, reçoit entre 1500 et 2600 mm de pluie par an, avec une température moyenne oscillant entre un minimum de 10°C en Juillet-Août, et un maximum de 30°C en Février, une humidité relative de 40 à 90 %, et une insolation annuelle d’environ 1800 heures. Sa végétation est riche et diversifiée, incluant les espèces de nombreuses familles botaniques telles que Calliandra calothyrsus, Thitonia diversifolia, Helianthus annuus , Pennisetum purpureum, Sida acuita, Imperata cylindrica, Cynodon sp… de nombreux arbres fruitiers (Persea americana, Mangifera indica, Musa spp), les plantes stimulantes (Coffea arabica, Cola anomala) et de nombreuses zones de raphia (Raphia spp) en milieu marécageux.
La sève du palmier Raphia farinifera (Photo 1), bien que peu étudiée directement, présente une composition nutritionnelle intéressante, comparable à celle d'autres espèces du genre Raphia, notamment Raphia hookeri . Selon Obahiagbon et Oviasogie (2007), la sève de R. hookeri contient jusqu’à 9,5 % de sucres fermentescibles, principalement du saccharose, ce qui en fait une source énergétique rapidement assimilable. Akpabio et al (2012) ont montré qu'elle contient également des minéraux essentiels tels que le calcium (55 mg/100 g MS), le magnésium (26,6 mg/100 g) et le potassium (20,95 mg/100 g), éléments indispensables au bon fonctionnement métabolique. Des études supplémentaires ont mis en évidence la présence de protéines solubles, d’acides organiques, ainsi que de composés phénoliques et antioxydants (Zongo et al 2019). Ces caractéristiques rendent la sève de Raphia particulièrement utile comme complément alimentaire ou ressource alternative pour l’apiculture et l’alimentation humaine en période de pénurie. Toutefois, des analyses spécifiques sur R. farinifera restent nécessaires pour confirmer ces données et évaluer son potentiel à grande échelle.
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| Photo 1. Champs de Raphia farinifera |
La sève fraîche de raphia (Raphia farinifera), nous a été quotidiennement livrée pendant toute la durée de l’étude par le même vigneron de la place. Celle-ci était collectée dans le même champs de de raphia (Photo 2) situé dans l’Arrondissement de Nkong-Ni et livré chaque matin avant 6 h 30. Chaque mois, un échantillon de 100 ml de cette sève était prélevé, puis séché à l’étuve jusqu’à l’obtention d’un poids constant, puis, à la fin de l’étude, l’ensemble de ces échantillons a été mélangé et analyser pour déterminer sa composition chimique et minérale (Tableau 1), conformément aux méthodes décrites par l’AOAC (2000).
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| Photo 2. Extraction et filtration de la sève de raphia avec les abeilles |
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Tableau 1. Composition chimique et minérale de la sève de raphia |
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Composition chimique (%) |
Sève de raphia |
|
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Matière sèche |
11,5 |
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Matière organique |
9,98 |
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|
Eau |
91,2 |
|
|
Glucides |
21,1 |
|
|
Lipides |
0,35 |
|
|
Protéines |
3,85 |
|
|
Cendres |
1,52 |
|
|
Fibre |
00 |
|
|
Composition minérale (mg/100g) |
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Potassium |
32,1 |
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|
Phosphore |
14 |
|
|
Magnesium |
4,65 |
|
|
Zinc |
0,18 |
|
|
Sodium |
23,2 |
|
|
Cuivre |
0,09 |
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|
Manganèse |
6,70 |
|
Un ensemble de 10 colonies d’abeilles mellifères (Apis mellifera), capturées à l’aide de ruches appâtées à la cire d’abeille, ont été logé individuellement dans des ruches de type Dadant (500 × 430 × 300 mm), chacune équipée d’un nourrisseur incorporé (Photo 3). L’étude a été menée selon un dispositif expérimental aléatoire complet, avec comme facteurs de variation la sève de raphia et la saison (sèche et pluvieuse). Les colonies abeilles ont été réparties en deux groupes de cinq répétitions chacun.
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| Photo 3. Ruche contenant un nourrisseur incorporé |
Les colonies du premier groupe ne recevaient aucune alimentation tandis que ceux du second groupe recevaient quotidiennement 200 ml de sève de raphia pendant toute la période de l’étude. La consommation de la sève de raphia (CSR) a été déterminée en calculant la différence entre la quantité de sève servie (Qs) et la quantité refusée (Qr), selon la formule suivante : CSR = Qs – Qr.
À la fin de chaque période d’alimentation (4 mois/saison), les nourrisseurs étaient retirés de la ruche, les cadres extraits, les rayons découpés et pressés pour séparer le miel de la cire. Le miel obtenu était ensuite pesé à l’aide d’une balance électronique de marque CRANE, de portée 10 kg et de précision 10-3g, puis conditionné. Le rendement en miel qui correspond à la quantité totale de miel produite a été évalué (Fichtl et Admou 1994). Un échantillon de 100 ml de miel a ensuite été prélevé pour l’analyse de la composition physico-chimique et minérale.
La teneur en eau a été déterminée par réfractométrie à 20 °C (Bogdanov et al 2004). Le pH a été mesuré avec un pH-mètre de marque HI 98127 calibré par des solutions d’étalons (4,0 ; 7,0 ; 10,0) dans une solution de miel à 10% et l’acidité totale par titrage avec une solution de NaOH 0,1 N (Bogdanov et al 2004). La conductivité électrique a été mesurée à l’aide d’un conductimètre de marque HI86303 (Bogdanov et al 1997). La densité a été évaluée par la méthode du pycnomètre entre 15 et 20 °C, tandis que la viscosité dynamique a été déterminée selon la loi de Stokes, à l’aide d’un viscosimètre (Pierron 2008).
L’analyse de la matière sèche et cendres a été faite respectivement par séchage gravimétrique à 105°C jusqu’à poids constant et par calcination de l’échantillon de miel à 550°C de température (Tosi et al 2006). La matière organique par soustraction des cendres de la matière sèche (AOAC, 1990). Les teneurs en protéines et lipides ont été respectivement déterminé par la méthode de Kjeldahl et la méthode de Soxhlet décrites par AOAC (1990). La détermination des sucres a été réalisée par HPLC selon la méthode décrite par Aljohar et al (2018). Des solutions de fructose (2 g/l), de glucose (2 g/l) et de saccharose (0,5 g/l) ont été préparées dans de l’eau distillée. L’analyse HPLC a été réalisée en utilisant une chromatographie liquide couplée à un détecteur à indice de réfraction (LC-RID). La séparation a été effectué à l’aide d’une colonne de glucides Aminex HPX-87H column 300*7,8 mm.
Les analyses minérales des échantillons ont été déterminées conformément aux protocoles décrits par Pucholobek et al (2022). Pour la préparation des échantillons, 1 g de chaque miel a été introduit dans un creuset en porcelaine, puis calciné dans un four à moufle de marque Carbolite Eurotherm à 450 °C pendant 2 heures. L’échantillon calciné a ensuite été digéré avec 10 ml d’acide nitrique (1N) pendant 30 minutes, refroidi, puis filtré à l’aide d’un papier filtre Whatman dans une fiole jaugée de 50 ml. Le volume a été complété avec de l’eau distillée jusqu’au trait de jauge. Par la suite, le phosphore total a été analysé dans l’extrait obtenu par spectrophotométrie UV-visible, utilisant la réaction avec un réactif coloré (molybdate-vanadate) (Bogdanov et al 2004). L’azote total a été déterminé par la méthode Kjeldahl (l’AOAC, 1990). Le potassium et le sodium ont été quantifiés par spectrométrie d’émission de flamme, à partir des échantillons préalablement calcinés et digérés à l’acide nitrique 1N (Kılıç 2017). Les teneurs en calcium et en magnésium ont été déterminées respectivement par complexométrie et par titrimétrie (Pucholobek et al 2022). La teneur en plomb a été mesurée par titrimétrie à l’iodure de potassium 0,025 M. Le cuivre, le fer et le Zinc par la méthode de spectrométrie de masse avec plasma à couplage inductive (ICP-MS) (Alqarni 2014 ; Kılıç 2017).
Le test « t» de Student a été utilisé pour comparer d’une part les effets de l’alimentation et d’autre part les effets de la saison sur la consommation de la sève, le rendement en miel et les propriétés physico-chimiques et minérales du miel.L’ensemble des analyses a été réalisé à l’aide du logiciel SPSS version 26.0.
La consommation de la sève de raphia a progressivement augmenté durant toute la période de l’étude, et elle a été plus importante pendant la saison des pluies (Figure 1A). La consommation moyenne totale de la sève a été significativement (p<0,05) plus élevée en saison pluvieuse (Figure 1B).
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| Figure 1. Consommation de la sève de raphia par les abeilles en fonction de la saison | |
Les colonies qui étaient alimentés à la sève de raphia ont présenté un rendement en miel significativement (p<0,05) plus élevé quel que soit la saison (Tableau 2). De même, le rendement en miel des colonies alimentés à la sève de raphia en saison sèche a été significativement (p<0,05) plus élevé que celui obtenu en saison pluvieuse. Cette augmentation a été de l’ordre de 42 % en saison de pluie et de 56 % en saison sèche.
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Tableau 2. Effet de l’alimentation à la sève de raphia sur le rendement en miel en fonction de la saison |
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Saisons |
Rendement en miel (kg) |
p |
||
|
T0 (n=5) |
T1 (n=5) |
|||
|
Sèche |
4,01±0,01a |
6,28±0,41bA |
0,001 |
|
|
Pluvieuse |
3,85±1,40a |
5,48±0,65bB |
0,001 |
|
|
p |
0,68 |
0,05 |
||
|
a, b: les moyennes portant la même lettre sur la même ligne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% A, B: les moyennes portant la même lettre dans la même colonne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% p : probabilité ; T0 : le témoin ; T1: traitement à la sève de raphia ; n=nombre de répétions. |
||||
Les colonies alimentées à la sève de raphia ont présenté, une conductivité électrique et une teneur en eau significativement (p<0,05) plus élevé tandis que la teneur en acide, la densité et la viscosité étaient significativement (p<0,05) plus faible quel que soit la saison (Tableau 3). Par contre, la sève de raphia n’a eu aucun effet significatif (p>0,05) sur le pH du miel en saison pluvieuse. Avec l’alimentation à la sève de raphia, la teneur en eau a été significativement (p<0,05) plus élevé en saison pluvieuse et la viscosité a présenté l’effet l’inverse. Par ailleurs, la saison n’a eu aucun effet significatif (p>0,05) sur le pH, le taux d’acidité, la conductivité et la densité quel que soit le niveau d’alimentation à la sève de raphia.
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Tableau 3. Effet de l’alimentation à la sève de raphia sur les propriétés physiques du miel en fonction de la saison |
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Propriétés physiques |
Saisons |
Traitements |
p |
|||
|
T0 (n=5) |
T1 (n=5) |
|||||
|
pH |
Sèche |
3,02±0,07a |
3,27±0,07b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
3,28±0,02a |
3,80±0,40a |
0,31 |
|||
|
p |
0,22 |
0,08 |
||||
|
Taux d’acidité (%) |
Sèche |
0,14±0,01b |
0,10±0,04a |
0,01 |
||
|
Pluvieuse |
0,16±0,00b |
0,13±0,02a |
0,001 |
|||
|
p |
0,32 |
0,13 |
||||
|
Conductivité (µs/cm) |
Sèche |
2,70±0,03a |
2,94±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
2,79±0,01a |
2,95±0,02b |
0,001 |
|||
|
p |
0,35 |
0,48 |
||||
|
Densité (g/cm3) |
Sèche |
1,50±0,06b |
1,38±0,01a |
0,010 |
||
|
Pluvieuse |
1,37±0,01b |
1,34±0,02a |
0,01 |
|||
|
p |
0,13 |
0,08 |
||||
|
Viscosité |
Sèche |
3189±100bA |
2689±49,6aA |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
2634±251bB |
2139±31,4aB |
0,001 |
|||
|
p |
0,02 |
0,02 |
||||
|
Teneur en eau (%) |
Sèche |
15,0±0,10a |
15,8±0,01bB |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
15,6±0,02a |
17,3±0,13bA |
0,001 |
|||
|
p |
0,21 |
0,03 |
||||
|
a, b: les moyennes portant la même lettre sur la même ligne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% A, B: les moyennes portant la même lettre dans la même colonne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% p : probabilité ; T0 : le témoin ; T1: traitement à la sève de raphia ; n=nombre de répétions |
||||||
L’alimentation à la sève de raphia a significativement (p<0,05) baissé la teneur en matière sèche, en matière organique, en carbone organique et en lipide du miel quel que soit la saison (Tableau 4). Par contre, les teneurs en cendre, en azote totale, en protéine et en fibre ont significativement augmenté (p<0,05) avec l’alimentation à la sève de raphia quel que soit la saison. Les teneurs en matière sèche et en protéine ont été significativement plus élevée (p<0,05) en saison sèche lorsque les colonies étaient alimentées à la sève de raphia.
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Tableau 4. Effet de l’alimentation à la sève de raphia sur la composition chimique du miel en fonction de la saison |
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Composition chimique |
Saisons |
Traitements |
p |
|||
|
T0 (n=5) |
T1 (n=5) |
|||||
|
Matière sèche |
Sèche |
86,1±0,01b |
78,3±0,50aA |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
84,9±0,50b |
62,4±0,55aB |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,04 |
||||
|
Cendre |
Sèche |
0,46±0,01a |
0,61±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,21±0,01a |
0,40±0,01b |
0,001 |
|||
|
P |
0,42 |
0,11 |
||||
|
Matière organique |
Sèche |
99,7±0,01a |
99,6±0,01a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
99,8±0,04b |
99,6±0,1a |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,37 |
||||
|
Carbone organique |
Sèche |
49,9±0,01b |
49,8±0,01a |
0,04 |
||
|
Pluvieuse |
49,9±0,01b |
49,8±0,01a |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,16 |
||||
|
N totale |
Sèche |
0,09±0,01a |
0,26±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,08±0,01a |
0,21±0,03b |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,37 |
||||
|
Protéine |
Sèche |
0,65±0,01a |
1,46±0,01bA |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,55±0,01a |
1,36±0,01bB |
0,001 |
|||
|
p |
0,34 |
0,05 |
||||
|
Fibre |
Sèche |
0,09±0,00a |
0,12±0,01b |
0,02 |
||
|
Pluvieuse |
0,11±0,01a |
0,13±0,01b |
0,01 |
|||
|
p |
0,27 |
0,98 |
||||
|
Lipide |
Sèche |
0,32±0,01b |
0,25±0,01a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,28±0,00b |
0,24±0,01a |
0,01 |
|||
|
p |
0,11 |
0,13 |
||||
|
a, b: les moyennes portant la même lettre sur la même ligne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% A, B: les moyennes portant la même lettre dans la même colonne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% p : probabilité ; T0 : le témoin ; T1: traitement à la sève de raphia ; n=nombre de répétions |
||||||
L’alimentation des colonies à la sève de raphia a significativement (p<0,05) baissé les teneurs en glucides, glucose et fructose dans le miel quel que soit la saison (Tableau 5). La même observation a été faite en saison pluvieuse sur la teneur en saccharose. La saison n’a eu aucun effet significatif (p>0,05) sur la teneur en glucide et saccharose. Par contre, les teneurs en glucose et fructose ont été significativement plus élevée (p<0,05) en saison sèche avec l’alimentation à la sève de raphia.
|
Tableau 5. Effet de l’alimentation à la sève de raphia sur la teneur en sucres du miel en fonctions de la saison |
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|
Sucres du miel (%) |
Saisons |
Traitements |
p |
|||
|
T0 (n=5) |
T1 (n=5) |
|||||
|
Glucide |
Sèche |
85,7±0,50b |
62,2±0,54a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
83,7±0,50b |
60,2±0,54a |
0,001 |
|||
|
p |
0,38 |
0,46 |
||||
|
Glucose |
Sèche |
28,5±0,50b |
25,6±0,33aA |
0,02 |
||
|
Pluvieuse |
25,5±0,50b |
22,4±0,44aB |
0,001 |
|||
|
p |
1,00 |
0,01 |
||||
|
Fructose |
Sèche |
36,3±0,01b |
31,6±0,28aA |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
33,3±0,03b |
28,4±0,40aB |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,01 |
||||
|
Saccharose |
Sèche |
1,71±0,05a |
2,20±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
1,61±0,05b |
1,20±0,01a |
0,001 |
|||
|
p |
0,99 |
0,84 |
||||
|
a, b: les moyennes portant la même lettre sur la même ligne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% A, B: les moyennes portant la même lettre dans la même colonne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% p : probabilité ; T0 : le témoin ; T1: traitement à la sève de raphia ; n=nombre de répétions |
||||||
L’alimentation à la sève de raphia a significativement (p<0,05) augmenté les teneurs en potassium, en, magnésium, en phosphore, manganèse, Zinc et en fer indépendamment des saisons (Tableau 6). La même observation a été faite sur la teneur en calcium et en plomb en saison pluvieuse. Par contre, les teneurs en sodium et en cuivre ont a été significativement (p<0,05) plus faible quel que soit la saison. Les teneurs en calcium, en cuivre et fer ont été significativement plus élevée (p<0,05) en saison sèche dans le miel produit par les colonies non alimentées à la sève de raphia.
|
Tableau 6. Effetde l’alimentation à la sève de raphia sur la composition minérale du miel en fonction de la saison |
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|
Propriétés minérales |
Traitements |
p |
||||
|
T0 (n=5) |
T1 (n=5) |
|||||
|
Ca |
Sèche |
19,2±0,02bA |
17,6±0,04a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
9,25±0,05aB |
17,2±0,08b |
0,001 |
|||
|
p |
0,01 |
0,17 |
||||
|
Mg |
Sèche |
5,30±0,01a |
7,20±0,09b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
4,59±0,01a |
4,94±0,30b |
0,02 |
|||
|
p |
0,11 |
0,06 |
||||
|
K |
Sèche |
122±1,50a |
182±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
121±0,01a |
181±1,38b |
0,001 |
|||
|
p |
0,11 |
0,11 |
||||
|
Na |
Sèche |
25,5±0,04b |
22,7±0,15a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
23,6±0,01b |
16,9±0,68a |
0,001 |
|||
|
p |
0,13 |
0,20 |
||||
|
P |
Sèche |
24,4±0,46a |
30,4±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
23,6±0,50a |
30,5±0,08b |
0,001 |
|||
|
p |
0,92 |
0,11 |
||||
|
Pb |
Sèche |
0,02±0,01a |
0,02±0,12a |
0,11 |
||
|
Pluvieuse |
0,01±0,00a |
0,05±0,03b |
0,011 |
|||
|
p |
0,26 |
0,08 |
||||
|
Mn |
Sèche |
0,11±0,01a |
0,19±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,09±0,01a |
0,16±0,02b |
0,003 |
|||
|
p |
0,19 |
0,35 |
||||
|
Zn |
Sèche |
0,56±0,00a |
0,67±0,01b |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,55±0,00a |
0,58±0,02a |
0,04 |
|||
|
p |
0,11 |
0,07 |
||||
|
Cu |
Sèche |
0,30±0,02bA |
0,23±0,00a |
0,001 |
||
|
Pluvieuse |
0,19±0,01aB |
0,19±0,09a |
0,15 |
|||
|
p |
0,01 |
0,15 |
||||
|
Fe |
Sèche |
3,91±0,06aA |
5,90±0,01b |
0,01 |
||
|
Pluvieuse |
2,76±0,57aB |
5,60±0,29b |
0,001 |
|||
|
p |
0,02 |
0,16 |
||||
|
a, b: les moyennes portant la même lettre sur la même ligne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% A, B: les moyennes portant la même lettre dans la même colonne ne sont pas significativement différentes au seuil de 5% p : probabilité ; T0 : le témoin ; T1: traitement à la sève de raphia ; n=nombre de répétions |
||||||
La consommation de la sève de raphia par les colonies d’abeilles à progressivement augmenté quel que soit la saison, avec une hausse plus marquée en saison de pluie. Cette consommation croissante pourrait être liée à la composition énergétique de la sève, riche en sucres fermentescibles et nutriments (Tiepma et al 2013), sa meilleure accessibilité (texture), son faible taux d’évaporation en saison humide et la mobilité réduite des colonies en cette période. Ces résultats corroborent ceux de Nicolson et al (2009) qui ont rapportés que la texture et la disponibilité des aliments influencent l’ingestion alimentaire chez les abeilles. De plus, cette meilleure assimilation de la sève en saison pluvieuse serait liée à la réduction des déplacements et à l’augmentation de l’activité des colonies (Erwan et al 2022).
L’alimentation des colonies d’abeilles à la sève de raphia a significativement amélioré le rendement en miel quel que soit la saison. Cette augmentation a été de l’ordre de 42 % en saison de pluie et de 56 % en saison sèche. Cette amélioration pourrait s’expliquer par le potentiel nutritionnel de la sève de raphia, riche en glucides simples (glucose, fructose, saccharose) rapidement assimilables, qui soutiennent les fonctions métaboliques essentielles comme le butinage, la thermorégulation et la transformation du nectar (Al-Ghamdi et al 2017). De plus, sa teneur en vitamines, minéraux et antioxydants renforce l’immunité des colonies, réduisant leur mortalité (Kwaku et al 2019). Ces résultats sont en accord avec ceux de Dossou et al (2018), Kumar et al (2021) ; Brodschneider et Crailsheim (2010). La faible performance observée en saison de pluie s’expliquerait par la disponibilité florale réduite lié à la période de mise en place des cultures vivrières, et une activité plus limitée (mobilité réduite) des abeilles, induisant une consommation interne accrue du miel.
L’alimentation à la sève de raphia a entrainé des modifications significatives sur plusieurs propriétés physiques du miel, en fonction de la saison. Cette influence peut être attribuée à la composition biochimique de la sève de Raphia farinifera riche en glucides simples, acides organiques, minéraux (potassium, calcium, magnésium), ainsi qu’à la présence de composés phénoliques et flavonoïdes à activité antioxydante (Adjé et al 2017 ; Kouadio et al 2020). En effet, le pH du miel a légèrement augmenté aussi bien en saison pluvieuse (de 3,28 à 3,80) qu’en saison sèche (de 3,02 à 3,27) tout en restant dans les normes préconisées par Codex Alimentarius (2001) pour les miels acides, bien que l’effet ne soit significatif qu’en saison sèche. Cette élévation du pH est liée à une réduction de l’acidité, ce qui est corroboré par la baisse significative de l’acidité totale observée dans les deux saisons. Par ailleurs, la conductivité électrique a significativement augmenté dans le miel des colonies alimentées à la sève de raphia, indépendamment de la saison. Cette hausse pourrait s’expliquer par la teneur élevée en sels minéraux contenue dans la sève de raphia. En effet, ces éléments présents dans la sève, notamment K+, Ca2+, Mg2+ sont transférés dans le miel à travers le métabolisme de l’abeille, influençant ainsi sa signature minérale. Ce résultat corrobore les travaux de Terrab et al (2002) ; Al-Farsi et al (2018) ; Kwaku et al (2019) qui ont montré que les apports végétaux riches en minéraux, comme la sève de certaines plantes, peuvent augmenter la conductivité du miel. En revanche, la densité a significativement diminué dans le miel des colonies alimentées à la sève de raphia en fonction des saisons. Ceci pourrait s’expliquer par une augmentation parallèle de la teneur en eau, affectant la compacité du produit fini. La viscosité du miel a également montré une baisse marquée sous l’effet de l’alimentation. Ce phénomène peut être attribué à une réduction de la concentration en sucres totaux et à l’augmentation de l’humidité du miel, deux facteurs reconnus pour influencer la fluidité du miel selon Brodschneider et Crailsheim (2010). De plus, la teneur en eau a significativement augmenté (tout en restant dans les normes) dans le miel des colonies alimentées. Cette augmentation de la teneur en eau peut s’expliquer par le caractère liquide et aqueux de la sève de raphia, dont l’intégration dans le bol alimentaire modifie la concentration en sucres du nectar transformé (Human et Nicolson 2006). Par ailleurs, une plus grande activité trophallaxique (échange de nourriture entre abeilles) induite par les glucides de la sève peut également modifier la maturation du miel, en ralentissant l’évaporation de l’excès d’eau. Ces résultats sont en accord avec les études de Al-Farsi et al (2018) qui ont rapportés que la densité et viscosité faible du miel sont corrélées à une humidité plus élevée.
Le miel des colonies alimentées à la sève de raphia a présenté une diminution importante de la matière sèche. Cette baisse peut être directement liée à l’apport hydrique de la sève de raphia, qui contient plus de 90% d’eau. Ce résultat concorde avec ceux de Adjé et al (2017), qui ont rapporté que la sève de raphia, riche en eau et en sucres simples, pourrait allonger le temps de maturation du miel, expliquant la teneur plus faible en matière sèche. La teneur en protéine a significativement augmenté dans le miel des colonies alimentées, tant en saison pluvieuse (1,36 % contre 0,55 %) qu’en saison sèche (1,46 % contre 0,65 %). Cette amélioration pourrait avoir un impact positif sur la santé des colonies, car les protéines sont essentielles pour le développement du couvain et l’entretien des tissus. La teneur en azote total, également en hausse a présenté la même tendance que les protéines chez les colonies alimentées. Ces résultats sont similaires à celle rapportée par Nuru et al (2019), où des apports végétaux riches augmentaient la teneur protéique du miel. Ce qui suggère que la sève de raphia pourrait stimuler l'activité enzymatique des abeilles, notamment la production d’invertase, favorisant ainsi la transformation du nectar en miel (De-Melo et Almeida-Muradian 2011). De même, la teneur en cendres, reflet du contenu minéral du miel, a significativement augmenté dans le miel des colonies alimentées à la sève de raphia. Ceci dû à la richesse minérale de la sève de raphia. Cependant, on note une baisse importante des glucides totaux, du glucose et du fructose dans le miel des colonies d’abeilles alimentées. Cette diminution peut s’expliquer par la dilution des sucres du nectar par les composés aqueux de la sève, qui est plus riche en sucres complexes et moins concentrée en sucres simples. Cette observation est en accord avec Human et Nicolson (2006) ; Buba et al (2013) ; Silva et al (2013) qui ont indiqué que certaines sources végétales altèrent la teneur en sucres simples du miel et que les substrats pauvres réduisent les rendements en sucres. La hausse modérée des fibres dans le miel des colonies alimentées pourrait être due à la présence de micro-résidus végétaux ou de composés non digestibles dans la sève (Al-Ghamdi et al 2017). Par ailleurs, les lipides ont légèrement baissé dans le miel des colonies alimentées, ce qui pourrait être lié à la composition lipidique naturellement faible de la sève de raphia et a une moindre mobilisation énergétique des abeilles, grâce à la disponibilité constante de glucides dans leur alimentation (Alaux et al 2010).
L’alimentation à la sève de raphia a significativement modifié le profil minéral du miel, en particulier le potassium, le magnésium, le phosphore, le fer et le zinc dont les teneurs ont nettement augmenté en toutes saisons. Le potassium, par exemple, a atteint 182,38 mg/l en saison sèche contre 121,85 mg/l pour le témoin non alimenté, traduisant l’apport élevé de cet électrolyte essentiel au métabolisme des abeilles et à la qualité du miel (Bogdanov et al 2007). La hausse du phosphore, serrai dû au rôle de la sève comme source de phosphates (Dossou et al 2018). En revanche, la diminution du sodium en saison pluvieuse et son augmentation en saison sèche pourrait s’expliquer par des ajustements osmorégulateurs selon l’humidité ambiante (Nicolson 2011). Le calcium a suivi une tendance inverse (une baisse en saison sèche et une hausse significative en saison pluvieuse). Cette variation serrait due à la variation saisonnière de la concentration du calcium dans la sève de raphia et à une absorption minérale réduite du Raphia farinifera. La teneur en fer a presque doublé dans le miel de colonies alimentées, ce qui pourrait renforcer les propriétés antioxydantes du miel (Krell 1996). Le zinc et le cuivre ont montré des hausses modérées, bien que non systématiques.
Enfin, une légère augmentation de la teneur en plomb a été observée dans le miel des colonies alimentées, bien qu’elle demeure inférieure à la limite maximale de 0,10 mg/kg fixée par le Codex Alimentarius (2001). Cette hausse pourrait s’expliquer par une contamination environnementale, notamment la proximité du rucher avec des zones d’agriculture intensive utilisant des pesticides chimiques, l’exposition à la fumée issue des feux de brousse, ou encore l’usage d’équipements métalliques non adaptés. Pour limiter cette accumulation de plomb dans le miel, plusieurs mesures préventives sont recommandées : éviter l’installation des ruchers à proximité de zones industrielles, de routes à forte circulation ou d’incinérateurs ; proscrire l’usage de pesticides chimiques autour des ruchers ; et utiliser exclusivement des équipements en matériaux inoxydables (seaux, extracteurs, fûts). Il est également essentiel de sensibiliser les agriculteurs locaux à l’usage excessif d’engrais et de produits phytosanitaires, ainsi que d’éviter toute source de polluants organiques et l’usage d’antibiotiques (Bogdanov, 2006).
Il ressort de l’étude de l’effet de l’alimentation à la sève de raphia sur le rendement et caractéristiques physico-chimiques et minérales du miel que :
L’utilisation de la sève de raphia comme complément alimentaire chez les colonies d’abeille mellifères permet de compenser le déficit alimentaire, renforcent ainsi la résilience des colonies en période humides (saison pluvieuse).
L’utilisation de la sève de raphia comme complément alimentaire chez les colonies d’abeille mellifères permet d’améliorer la production du miel en saison sèche.
L’alimentation à base de sève de raphia a un effet bénéfique sur certaines caractéristiques du miel produit, notamment une amélioration des propriétés physiques, ainsi qu’une augmentation de la teneur en protéines, en cendres et en minéraux essentiels tels que le magnésium (Mg), le calcium (Ca), le potassium (K), le phosphore (P) et le fer (Fe). Ces paramètres restent globalement conformes aux normes internationales de qualité du miel. Toutefois, une diminution significative de la densité, de la viscosité, de la matière sèche, des glucides totaux (glucose et fructose) et des lipides a été observée, aussi bien en saison sèche qu’en saison pluvieuse.
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